Témoignages

Pourquoi avez-vous emmené une délégation icaunaise au salon JNMG (Journées Nationales de Médecine Générale) à Paris-La Défense, les 29 & 30 septembre dernier ?

Nous sommes en situation d’urgence et nous ne pouvons nous contenter d’espérer l’arrivée de jeunes professionnels de santé sans faire l’effort d’aller « vendre » notre département.
C’est aussi un bon moyen pour confronter nos réflexions et nos stratégies avec celles de territoires concurrents.
Lors de ce salon dédié aux étudiants en médecine, notre stand était par exemple mitoyen avec celui de la Sarthe, un département qui nous ressemble vraiment sur les problèmes de démographie médicale.

Allez-vous multiplier ces rencontres ?

En effet, nous allons systématiser notre présence lors de rendez-vous professionnels et dans l’enceinte des universités de Dijon et Paris notamment. Notre territoire a vraiment beaucoup d’atouts, le premier étant, pour les jeunes, notre grande proximité avec Paris, et nous devons les exploiter.

Comment recevez-vous le soutien des maires de l’Yonne au nom de l’AMF89 et de l’AMRF89 ?

C’est une excellente nouvelle et tout à fait légitime car les maires de l’Yonne sont en première ligne pour soutenir l’installation des professionnels de santé. Ils sont très désemparés au côté de médecins qui ont exercé toute leur vie dans les villages de l’Yonne et qui aujourd’hui ne trouvent pas de successeurs.

Naturellement, sur un sujet aussi délicat que la santé avec toute la diversité des spécialités et des modes d’exercice, le conseil départemental de l’ordre des médecins est l’instance qui peut le mieux parler et présenter l’exercice de la médecine dans l’Yonne. Les meilleurs ambassadeurs auprès des futurs médecins de l’Yonne sont les médecins de l’Yonne.
Enfin, notre plan Yonne santé s’inscrivant dans une politique globale, le soutien de l’ARS Yonne est aussi essentiel pour se déployer de façon cohérente et équitable sur tout le département.

Comment avez-vous convaincu tous ces partenaires de signer la charte Yonne santé ?

C’est le Docteur Bernard Chardon qui a assuré la pédagogie de notre politique, tandis que nous élaborions nos règlements et nos budgets pour les trois aides que nous proposons et que nous définissions notre stratégie de communication.

Comment voyez-vous l’avenir de la médecine générale dans l’Yonne ?

Je suis par nature un optimiste réaliste. Je sais que la situation est difficile mais je suis convaincu qu’avec le soutien de tous nous allons relever ce nouveau défi.

38 ans d’expérience en médecine rurale, ex-conseiller scientifique du monde agro-alimentaire, maître de conférences à la faculté de médecine Paris VI, ex-médecin fédéral de la FFSB (Fédération française du sport boules), membre du Conseil de l’ordre des médecins de l’Yonne, ancien maire de Vézelay : le Docteur Bernard Chardon est le Conseiller santé auprès du Président du Conseil Départemental.

Quel regard portez-vous sur la politique de santé de l’Yonne ?

Aujourd’hui, l’Yonne a une politique et une stratégie au service d’une santé de qualité et de proximité. C’est une stratégie offensive qui se développe autour des bassins de vie grâce à la mobilisation des élus locaux qui ont exprimé une détermination sans faille.

Étant donné les contraintes budgétaires appliquées à toutes les collectivités, est-ce que les élus ont les moyens de leurs ambitions ?

La situation est financièrement difficile, pour la politique de santé comme pour toutes les compétences pilotées par le Département, quelles soient obligatoires ou pas.
Mais, là ou il y a une volonté, il y a toujours un chemin pour avancer.
Par ailleurs, nous travaillons en partenariat étroit avec l’Ordre des Médecins et avec l’ARS Yonne, pour être cohérents avec la situation réelle des médecins de l’Yonne et pour être en phase avec les orientations du ministère de la santé.
Nous intervenons donc de façon concertée et raisonnée pour utiliser au mieux l’argent public qui nous est confié.

Vous rencontrez de nombreux étudiants en médecine pour leur vanter le territoire de l’Yonne ; quels sont les principaux points de blocage ?

Nous devons faire face à deux écueils principalement : la méconnaissance du territoire… c’est où l’Yonne ?… et la peur de devoir exercer la médecine dans une grande solitude professionnelle.
C’est tout l’objet de la stratégie de communication que nous menons pour exposer les atouts du département et présenter nos équipements de santé (MSP, cabinets de groupe et hôpitaux).
Nous constatons aussi que les aides financières sont indispensables car nous sommes sur un sujet terriblement concurrentiel, avec par exemple les départements de l’Aveyron, de la Sarthe, de l’Allier ou de la Lozère qui sont aussi très dynamiques dans ce domaine.

Comment arrivez-vous à convaincre les étudiants de s’intéresser à l’Yonne ?

J’ai deux atouts dans ma sacoche : je suis médecin, je peux donc légitimement parler de l’exercice de la médecine dans l’Yonne, et j’ai été maire, ce qui me permet aussi de parler comme un élu local. Enfin, j’ai la confiance du Président Villiers et le soutien d’une bonne équipe.

Si tous les territoires ont les mêmes outils et la même volonté, comment l’Yonne peut faire la différence ?

La différence passe par le compagnonnage. C’est la nécessité non seulement d’accompagner les jeunes médecins dans les premiers mois de leur installation, mais c’est aussi la volonté de créer, de recréer, un véritable compagnonnage sur la durée.

Je veux transmettre le fait qu’être médecin généraliste c’est 30 % de médecine pure et 70 % de communication de personne à personne pour comprendre une situation, analyser l’environnement de la personne et seulement après apporter une réponse médicale.
C’est cette philosophie de la médecine que je veux transmettre dans un esprit de compagnonnage et donc de transmission.

N’est-ce pas un peu utopique à une époque ou les médecins sont débordés par la paperasserie ?

Il est vrai que les médecins devraient être délestés de toutes les charges administratives pour se consacrer à l’humain exclusivement.
Par ailleurs, je revendique le droit d’avoir un rêve d’avance.
Il s’agit concrètement d’innover – travail en cabinet de groupe, utilisation du numérique, mutualisation des moyens de prévention… – tout en étant dans le respect d’une tradition que je défini comme humaniste.

Avez-vous trouvé celui ou celle qui le moment venu prendra le relais pour promouvoir cette vision de la médecine ?

Pas encore, mais j’ai un peu de temps avant de transmettre le flambeau. Je peux vous assurer que depuis quelques mois, avec nos déplacements au sein des salons professionnels de la médecine, j’ai retrouvé le moral et des raisons d’espérer car j’ai rencontré des étudiants en médecine très motivés et d’un très bon niveau, de belles personnes qui nous permettent d’espérer un bel avenir.